En une

Liberté et socialité
Futur antérieur (Juin 1990)

De ce point de vue, il n’est pas exagéré de dire que le mouvement ouvrier ne comprend en général pas la radicale nouveauté des pratiques qu’il est susceptible de mettre en oeuvre, notamment la mobilisation volontaire et consciemment assumée sur des objectifs élaborés dans la variété des apports les plus divers, dans le dépassement des cloisonnements, dans l’extension et l’approfondissement des échanges symboliques. Il en reste pour l’essentiel à l’idée de pratiques d’emblée homogènes ou encore à l’idée d’une unité de lutte qui s’obtient sans conflits majeurs et sans efforts pour intégrer des groupes sociaux différents les uns des autres dans leurs pratiques quotidiennes. Au fond le marché du travail est censé produire spontanément des éléments d’unification de la classe à partir du moment où la concurrence entre les individus est sinon supprimée, du moins fortement atténuée par le syndicalisme ou la coalition. L’unité est simplement accumulation de forces immédiatement constatables, elle n’est pas production de relations nouvelles entre les groupes et les individus, reconstruction du tissu social par la prise en charge d’interdépendances et de liaisons objectives entre les différentes composantes d’une même classe, au-delà de divergences temporaires et de discontinuités inévitables, dans l’espace et dans le temps.




Les derniers articles mis en ligne

L’après-marxisme de Jürgen Habermas
Actuel Marx (Juillet 1987)

La théorie de l’agir communicationnel de Jürgen Habermas est présentée par son auteur comme une tentative de redéfinition globale du champ des sciences sociales. Elle postule, comme il le dit lui-même un changement de paradigme, le passage de thématiques qui s’ordonnent autour de la conscience et de la praxis à des thématiques qui privilégient l’interaction et la communication. En d’autres termes, le mode d’accès adéquat à la socialité ne peut plus être la praxis individuelle qui se confronte à l’autre, ni non plus la dialectique du sujet et de l’objet, mais bien les relations d’échange symboliques et matérielles qui s’établissent dans et par le langage. Le social ne peut être compris que sur le fond d’une pragmatique du langage qui étudie les actes de parole (les « speech acts » de Searle et Austin) comme le terreau nourricier de l’interaction. Il ne s’agit donc pas de s’en remettre à une économie des échanges linguistiques ou encore à la complémentarité d’une sémiotique et d’une sémantique, mais bien d’analyser l’action et l’interaction comme faites d’actes illocutoires ou perlocutoires jouant sur une pluralité de formes communicationnelles.


Alexander Neumann, "Dans le labyrinthe du Minotaure. Critique du travail. Le faire et l’agir, 25 ans après"
Variations (Octobre 2012)

La valeur travail pullule dans l’espace public bourgeois, alors que l’Europe est au chômage et que parmi les salariés les plus sollicités se trouvent celles et ceux qui se réfugient dans le suicide. Que faire ? La question léniniste est à la fois simple et désuète, puisqu’elle invite au raccourci activiste, à la fainéantise intellectuelle et à l’utilitarisme. Comment penser une politique de l’émancipation qui ne soit pas une simple répétition des schèmes de mobilisation dont se servent le management, les mass media, les institutions qui veulent conjurer la crise ?


Stanley Aronowitz, "Preface"
Abstract Labour. A critique (Juillet 1991)

In many respects, the 1960s constituted a great divide among the left intellectuals. On one side, many have portrayed the events of the last half of that decade in somber terms, as a warning that an entire younger generation had, from the perspective of socialist orthodoxy, lost its affiliation to the traditions of the workers’ movements. For others, 60s radicalism proved the futility of utopian ideas and more generally posed a threat to the achievements of the Enlightenment. But for a third tendency, especially many who were part of the heady days of the Paris (and the Prague) Spring, 1968, what Ernst Bloch called the ‘concrete utopia’ seemed at hand. Even when the promise of a new morning had been betrayed by Communist bureaucrats or, in Prague, Soviet tanks, 1968 transformed the meaning of the object as well as the processes of revolutionary change.


Author’s Preface to the English Edition
Abstract Labour. A critique (Février 1990)

Since this book was published in France towards the end of 1987, the crisis of ‘real socialism’ has profoundly upset the political and social balance in a large part of the planet. Western capitalism has triumphed in appearance, but it is confronted with a major challenge : how to integrate the societies of Eastern Europe, now totally destabilised, into a new world order whose contours are not yet well established. This destabilisation is all the more worrisome for Western capitalism because a large part of what is called the Third World is also completely out of balance. The collapse of ‘real socialism’ is not the end of history as some have claimed too hastily, but rather the beginning of a new history — one which will no longer be marked by the Manicheanism of the Cold War, the struggle of Good against Evil. The débâcle of ‘real socialism’ will bring with it, in time, the end of the ‘free world’, that is, the end of a system of political and ideological self-defence by conservative forces. It will then be easier to see the world in a different way, to rediscover hidden or repressed questions, and to invent new ones which help to understand the world and society better.


Christian Bouchindhomme, Autour d’un « malentendu »
Actuel Marx (Juillet 1998)

Prendre au sérieux l’article de J.-M. Vincent suppose un coûteux effort, et pas seulement parce que nous serions dans des dispositions trop favorables à l’égard de Habermas. Il est simplement difficile de prendre au sérieux un auteur qui, critiquant lui-même un autre auteur, se borne, quant à lui, à feindre de le prendre au sérieux pour mieux le vilipender, et intrique la faiblesse de conviction de ses arguments à la violence persuasive des procès d’intention. Constamment, Habermas est présenté sous un jour négatif. Les formules abondent qui suggèrent l’usurpateur, le renégat, l’aventurier de la pensée, celui dont il faut se défier ; et c’est par ces seules formules que Vincent définit son propre rôle : celui qui va démasquer l’apostat, le traître.


Habermas versus Adorno
Actuel Marx (Février 1999)

L’article de Christian Bouchindhomme « Autour d’un malentendu » (Actuel Marx, n° 24) m’attaque de façon très polémique et sur le ton de l’indignation. Malheureusement, il se trompe de cible parce qu’il me pourfend pour des méfaits que je n’ai pas commis. Je n’ai jamais voulu faire des objections « marxistes » à Jürgen Habermas, comme le dit la présentation du débat, pour la bonne raison que je ne me réclame d’aucun marxisme. Pour ceux qui en douteraient, je me permets de renvoyer à mon intervention « Comment se débarrasser du marxisme » lors du premier Congrès Marx International où je plaide en faveur d’un rapport laïque non religieux à l’œuvre de Marx. Je ne cherche à aucun moment à porter des jugements sur l’œuvre de Jürgen Habermas à partir d’une quelconque orthodoxie et Christian Bouchindhomme me fait un mauvais procès, à la limite de la mauvaise foi, lorsqu’il m’attribue la volonté de dénoncer dans l’auteur de la théorie de l’agir communicationnel un renégat, un usurpateur, un aventurier de la pensée, sans citer aucune occurrence allant dans ce sens, faute de place dit-il.


Positivisme, philosophie de la praxis ou science critique. Notes sur le marxisme italien
Fétichisme et société (Août 1973)

A la fin du XIXe siècle le mouvement ouvrier italien, comme une grande partie de la IIe Internationale était dominé par une interprétation positiviste du marxisme. Malgré l’originalité de la pensée d’un Labriola qui était parfaitement conscient de la complexité de la théorie marxiste et de ses liens tant avec la philosophie classique allemande qu’avec la pensée politique née de la Révolution française, c’est l’évolutionisme d’un Turati ou d’un Treves qui s’imposait dans le parti socialiste italien. Sans doute celui-ci était-il loin de représenter une force aussi imposante que la social démocratie allemande sur le plan électoral ou sur le plan organisationnel, mais dans le nord de l’Italie il exerçait une influence prépondérante sur le prolétariat industriel et sur une partie importante du prolétariat agricole (vallée du Po).


Adorno ou la stagnation de la dialectique
Fétichisme et société (Août 1973)

Theodor W. Adorno, philosophe et sociologue, critique littéraire et critique musical ne prétendait pas construire de système. Sa pensée qui s’est souvent exprimée sous forme d’aphorismes, d’essais, était d’ailleurs opposée à l’esprit de système et à l’élaboration d’une conception positive du monde. Cela n’empêche pas que son oeuvre trouve une unité apparemment rigoureuse dans son orientation critique et négative, dans son intention de pénétrer le monde des apparences et de débusquer dans les moindres recoins la présence de la contrainte et de la domination dans les rapports humains — qu’ils soient matériels ou spirituels. Dans ses travaux les plus micrologiques (pour employer un terme qu’il affectionnait) consacrés très souvent à des thèmes apparemment anodins, ce qu’il visait à travers des phénomènes singuliers, c’était un dévoilement sur le général. Sa théorie se présentait comme une théorie critique de l’idéologie en tant qu’élément essentiel d’une réalité fausse, c’est-à-dire en tant que forme d’apparition nécessaire d’une monde où les hommes ne sont pas maîtres de leur pratique.


Introduction
Fétichisme et société (Août 1973)

Le marxisme est-il encore un instrument de transformation du monde ? Bien qu’il soit devenu l’idéologie dominante d’une grande partie de la planète et la doctrine du secteur le plus actif d’un mouvement ouvrier international qui n’a jamais été aussi nombreux qu’aujourd’hui, on peut en douter. On constate, en effet, que sous sa forme la plus répandue, il se préoccupe moins de critiquer sans complaisance l’état de choses existant que de commenter ou de justifier des pratiques sociales qu’il n’est pas question de remettre en cause.


Anselm Jappe, "Jean-Marie Vincent, précurseur de la critique de la valeur ?"
Jaggernaut (26 juin)

[...] c’est au moment historique où les idées de Marx semblaient définitivement perdre leur pertinence que s’opérèrent les prémices d’un renouvellement et que naquirent les germes d’une critique sociale fondée sur les concepts marxiens et qui paraît aujourd’hui capable de lire les transformations du capitalisme. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut citer trois penseurs, ou groupes de penseurs, qui allaient alors dans le même sens, mais dans différents pays et sans se connaître. Le nord-américain Moishe Postone (1942-2018) [...] En Allemagne occidentale fut publié en 1986 le premier numéro de la revue Marxistische Kritik qui après trois ans s’intitula Krisis et où fut élaborée, sous l’impulsion notamment de Robert Kurz (1943-2012), la wertkritik. C’est en 1987 que Jean-Marie Vincent (1934-2004) publia Critique du travail. Le faire et l’agir [...]




Les plus lus

Le théoricisme et sa rectification
Contre Althusser (Janvier 1974)

Comment se débarasser du marxisme ?
Congrès Marx International. Cent ans de marxisme. Bilan critique et prospectives (Avril 1996)

La riforma della pianificazione nella Rdt
Problemi del socialismo (Juillet 1965)

Vers un nouveau modèle culturel
Futur antérieur (Mars 1990)

Note pour une histoire de la social-démocratie française
Les Temps modernes (Novembre 1965)

Vers un renouveau du marxisme en économie. Au-delà des dogmes et de la critique intemporelle
Le Monde diplomatique (Novembre 1976)

Mythe et raison
La Théorie critique de l’école de Francfort (Janvier 1976)

Problèmes d’une stratégie socialiste
Revue internationale du socialisme (Janvier 1965)

Les forçats du flux tendu Jean-Pierre Durand
L’Humanité (Avril 2004)

Dialogue et solitude : sur le dialogue Jaspers-Heidegger
Futur antérieur (Juin 1991)

La politique de la modernité selon Max Weber
Les Cahiers de Fontenay (Juin 1990)

Pour continuer mai 1968
Les Temps modernes (Août 1968)

Réflexions provisoires sur la révolution de mai 1968
Les Temps modernes (Juin 1968)

Ernst Bloch : l’utopie concrète et le piège de l’ontologie
Critique du travail (Juin 1987)

Gramsci (Antonio) - Opere. 8 vol. [compte-rendu]
Revue française de science politique (Octobre 1957)

Jean-Paul Sartre
Analyse de l’idéologie (Janvier 1983)

La puissance idolâtrée
L’Humanité (Avril 2003)

Après Sangatte
L’Humanité (Avril 2003)

Yougoslavie : la barbarie nationaliste
Futur antérieur (Septembre 1992)

Le philosophe est incarcéré à Rome. Amnistie pour Toni Negri
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Avant-propos
Les Mensonges de l’Etat (Avril 1979)

Les équivoques de la nation : France et Allemagne
Science(s) politique(s) (Février 1993)

Classe et parti
Critique socialiste (Mars 1970)

L’Europe en péril
Futur antérieur (Avril 1993)

Notes et informations
Tribune marxiste (Octobre 1957)

Avertissement pour deux textes italiens
Critique socialiste (Janvier 1971)

Introduction
Les problèmes de la planification socialiste (tables rondes) (Juin 1968)

Modeste Jospin
Futur antérieur (Décembre 1997)

Libérer la production, mais aussi se libérer de la production [Entretien]
Critique communiste (Décembre 1993)

Une bourgeoisie en faillitte
Contre la passivité, contre la confusion. Une plate-forme pouir les révolutionnaires (Mars 1972)

Conclusion
Un autre Marx. Après les marxismes (Janvier 2001)

Le "tout" du capital
L’Humanité (Janvier 2002)

Le fétiche travail et son empire : la critique de l’économie comme critique de la forme valeur ?
Critique du travail (Juin 1987)

Fétichisme et société
Ed. Anthropos (Août 1973)

Georges Lapassade et René Lourau, Clefs pour la sociologie, Seghers, 1971 [compte-rendu]
L’Homme et la société (Janvier 1972)

Le Gâchis bosniaque
Futur antérieur (Janvier 1994)

La théorie assiégée
La Théorie critique de l’école de Francfort (Janvier 1976)

Débat entre Jean-Marie Vincent et Etienne Balibar
Critique communiste (Décembre 1994)

Les marxistes et la politique
avec François Châtelet et Evelyne Pisier-Kouchner (Janvier 1975)

Le pouvoir dans la représentation
Démocratie et représentation (Janvier 1995)

Engels, précurseur de Marx
(Juin 2001)

Les déchirements de l’unité
Futur antérieur (Mars 1993)

Lire Boukharine
Les Temps modernes (Juillet 1967)

Problèmes méthodologiques des sciences sociales contemporaines (Max Weber, l’école de Francfort, le marxisme italien)
Thèse. Université Paris 8 (Janvier 1972)

Un autre Marx. Après les marxismes
(Janvier 2001)

Préface
Contre la passivité, contre la confusion. Une plate-forme pouir les révolutionnaires (Mars 1972)

La Ve république, démocratie élitiste
Critique socialiste (Avril 1986)

Ernest Mandel et le marxisme révolutionnaire
Critique communiste (Décembre 1995)

Le marxisme de notre temps vu par Gilles Martinet
Les Temps modernes (Juin 1963)

Dialogue avec André Gorz
Variations (Mars 2001)



Site
consacré
aux écrits
de
Jean-Marie
Vincent
(1934-2004)


En fait, Marx s’est servi de la dialectique hégélienne du concept pour fonder une nouvelle science, la science de la métamorphose des formes sociales objectives de la société capitaliste, une société dont la trame est faite non d’individus mais de rapports objectifs, « naturalisés », de formes-objets, de formes signes, d’idéologies fétichistes et non de significations directement produites par l’activité humaine.

Introduction à Fétichisme et société






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